Actualités - Quand les héritiers de Newton mesurent les forces
Durant quelques jours, une cinquantaine de scientifiques venus de quinze pays d’Europe ainsi que d’Australie, du Brésil, des États-Unis et de Chine ont rejoint un lieu de travail vraiment pas comme les autres et pas vraiment facile d’accès. Un trou noir conduit à la montagne, des lumières blafardes guident les chercheurs vers leur destination finale, le laboratoire de géodynamique. Il faut franchir environ 700 mètres à travers les galeries de la mine de gypse avant d’arriver à la massive porte d’entrée du centre de recherche.
Le laboratoire souterrain ressemble un peu au pont d’un vaisseau spatial. Le long couloir tubulaire est fortement éclairé. Sur les écrans apparaissent des courbes et des lignes; entre eux sont posées les pièces maîtresses de la rencontre: des gravimètres, instruments de précision tous aussi performants les uns que les autres. Ces appareils mesurent précisément la chute d’un objet dans le vide en microgals. Les résultats enregistrés servent par exemple à contrôler les mouvements du magma sous les volcans, à mesurer la fonte de la calotte glaciaire au Groenland ou à détecter les déformations suspectes de la croûte terrestre qui surgissent avant un gros séisme. Ces instruments de mesure étant sensibles, ils doivent être soumis à des contrôles réguliers en procédant à des comparaisons avec des appareils de même type. C’est exactement ce qui se joue à Walferdange. Olivier Francis, professeur à l’Université du Luxembourg et directeur du Laboratoire Souterrain de Géophysique de Walferdange, organise avec son équipe la comparaison internationale des gravimètres.
Au moment de l'installation des machines, l’équipe vit déjà sa première sensation forte. “Un gravimètre coûte aussi cher qu’une maison. Comme le transport est long, la tension est forte en attendant de savoir si tout est sans dommage et fonctionne impeccablement”, déclare le Finnois Jyri Näränen. L’équipe australienne a sans aucun doute parcouru la plus grande partie du chemin. De l’autre côté du globe, Walferdange est aussi un concept. En effet, les scientifiques sont unanimes pour dire que “les conditions qu’on trouve ici sont uniques au monde”.
À Walferdange, c’est comme qui dirait l’aventure. “Ce n’est pas tous les jours qu’on traverse une mine pour rejoindre son laboratoire. Je suis plutôt assez grand, alors je dois me baisser dans les galeries basses”, déclare le Suédois Jonas Ågren en riant. À vrai dire, les scientifiques apprécient cette petite odyssée. L’ancienne mine de gypse offre des conditions tout à fait exaltantes pour les chercheurs: une température constante de 13 °C, sécheresse, faibles vibrations du sol – et beaucoup d’espace. Jamais aucun endroit n’avait permis jusqu’ici de disposer autant de gravimètres l’un à côté de l’autre. “Il y a aussi le plurilinguisme si naturel au Luxembourg, comme on le voit rarement ailleurs. Alors l’équipe internationale se sent vite comme à la maison. Et le travail est efficace et se déroule sans le moindre problème”, explique Olivier Francis pour décrire un autre avantage du site luxembourgeois.
“Qui es-tu et qu’est-ce que tu mesures?” est peut-être la question déterminante qui revient lors de la rencontre des chercheurs éminents sur leur territoire. L’ambiance est amicale. Même si le travail dicte l’emploi du temps, il reste encore un peu de temps pour se sentir touriste et hôte, comme le révèle René Reudink. En effet, ce scientifique néerlandais et son équipe ont pu profiter du week-end pour découvrir un peu plus Walferdange, la capitale à proximité et les environs. “Walferdange est un très joli endroit, où nous avons été très chaleureusement accueillis. Tout est absolument parfait: l’atmosphère, la nourriture, l’hébergement, les gens – et bien sûr le laboratoire.” Assurément, Walferdange fait le bonheur des physiciens et des géologues.
Après avoir effectué les mesures, les chercheurs recevront les résultats dans les prochaines semaines et pourront alors évaluer la précision de leurs gravimètres par comparaison. Il est important de pouvoir garantir la qualité des mesures effectuées chaque année par les appareils sur toute la planète. Certainement que les équipes venues des quatre coins du monde, reviendront un jour dans les galeries de Walferdange… pour les besoins des gravimètres.


